Cassaniouze....
C'est un bourg sévère et palot,
Sans artifices,
Dormant, bercé par le sanglot
Des précipices.
Le temps, destructeur sans pareil,
L'use sans trêve,
Mais vainement sous le soleil
Il dort, il rêve.
La mousse envahit tous ses toits,
Le vert-de-gris,
Revêt le clocher fier et droit
De son église.
Ses maisons trapues comme un roc
Et très austères,
Ont des murs sombres qui font bloc
Avec la terre.
Si bien, que les tressaillements
Du mont sauvage,
Le bourg les perçoit nettement
Et les partage.
Il ressent aussi les frissons,
Parfois immenses,
Du ciel où flottent des chansons
Et des silences.
Car, jusqu'aux recoins des greniers,
L'azur pénètre,
Avec ses parfums printaniers,
Par la fenêtre.
La vie fait à peine de bruit
Dans les ruelles,
Et même s'éteint quand la nuit
ouvre ses ailes.
Bref, ce village obscur, sans art,
Est, sans nul doute,
De ceux-là que, seul le hasard
Met sur la route.
Pour plaire il ne s'est point fardé
Comme une femme,
Et les cieux l'ont toujours gardé
De la réclame.
Pour toute gloire ayant les feux
Qu'épand l'aurore,
Il est obstinément de ceux
Que l'on ignore.
Mais moi, qui reçus la faveur
De le connaître
Parce que là sont nés mon coeur
Et mes ancêtres,
Je trouve en lui tous les attraits
Doublés encore
Du fait qu'ils demeurent secrets...
Et tel, ce bourg vieillot me plait
Tel, je l'adore.
Henri FELGINES (Le poète de Cassaniouze 1898 - 1923)